"Taxe carbone : notre philosophie est différente de celle de la France" (22/09/2009)
Entretien avec Joan Ruddock, ministre britannique de l'Energie et du Climat, paru dans Les Echos, 22 septembre 2009 :
"Nous sommes optimistes. Il est parfaitement possible d'obtenir un accord entre les parties à Copenhague. En revanche, nous resterons fermes sur le respect de trois conditions essentielles : d'abord, les pays développés doivent proposer des efforts substantiels de réduction de leurs émissions de CO Les pays émergents doivent, eux aussi, s'engager à atténuer la courbe de leurs émissions par rapport à une trajectoire de référence dite « business as usual ». Enfin, nous n'arriverons à rien sans un accord sur une architecture financière solide, qui financera en partie les programmes des pays en développement.
Que faire pour obtenir un engagement « substantiel » des pays développés et notamment des Etats-Unis ?
Les offres des pays développés ne sont pas suffisantes. Mais il y a eu des avancées telles, récemment, celle du Japon dont le nouveau Premier ministre s'est engagé à réduire ses émissions de COde 25 %. Côté américain, la volonté politique est là. Nous n'avons pas de doute sur les intentions de l'administration Obama, même s'il est très probable qu'un projet de loi climat ne pourra être adopté avant la réunion du 7 décembre à Copenhague. Malgré cela, nous attendons des Américains qu'ils nous disent quelle trajectoire ils comptent tracer à moyen terme et comment. La conférence ne pourra aboutir sans un engagement américain clair et ambitieux, plus ambitieux que le texte qui est actuellement au Congrès. Certes, nous sommes conscients qu'après dix ans d'inaction, il est difficile de faire bouger les choses. Mais le sommet de Copenhague ne doit pas se terminer par un échec ou une impasse. L'accord final doit être équilibré pour tous. Nous n'avons pas de plan B et c'est l'avenir de la planète qui est en jeu.
Où en est-on en Europe ?
Paris et Londres ont été leaders dans les négociations du paquet climat européen et travaillent toujours ensemble. En Grande- Bretagne, nous estimons avoir déjà réduit nos émissions de 21 %, et adopté un objectif contraignant, avec un budget carbone quinquennal. Soyons clairs : l'Union européenne ne portera pas de 20 à 30 % son objectif de réduction de ses émissions de CO en 2020 par rapport à 1990 s'il n'y a pas d'accord équilibré à Copenhague. Le problème, c'est que les critères de comparaison n'ont pas été définis.
Les engagements des pays en développement doivent-ils tous être de même nature ?
Le statut juridique des offres sera un élément crucial des négociations. L'Europe estime que les propositions de chacun doivent garantir que les réductions promises seront réellement effectuées. Les mots ont un sens précis, on doit pouvoir mesurer et vérifier la réalité des faits. En contrepartie, il nous faut organiser le financement de l'aide aux pays en développement. La semaine dernière, l'Europe a chiffré à 100 millions de dollars par an le montant de cette aide totale. Nous soutenons la proposition mexicaine de créer un fonds auquel chaque pays cotiserait, sauf les moins avancés. La participation des pays occidentaux pourrait aussi être financée par la vente des quotas de CO sur le marché, comme l'ont proposé les Norvégiens.
Ce qui est encourageant, c'est l'évolution positive de la position de la Chine, et les efforts réels qu'elle mène sur le terrain, notamment pour déployer de nouvelles technologies.
La France vient de créer une taxe carbone. Seriez-vous favorable à l'instauration d'une taxe comme celle-ci en Grande-Bretagne ?
Non. Nous disposons d'instruments fiscaux écologiques, mais nos taxes vertes sont très ciblées. Nous ne souhaitons pas instaurer de taxe universelle, cela ne conviendrait pas au Royaume-Uni. Notre philosophie est différente de celle de la France en la matière et si une telle taxe était proposée au niveau communautaire, nous ne la soutiendrions pas. Cela dit, nos six grands fournisseurs d'énergie, tous privatisés, sont obligés d'utiliser des énergies renouvelables pour une partie de leur production, avec un taux imposé qui va d'ailleurs augmenter. Le surcoût de cette contrainte étant répercuté au consommateur, on peut assimiler cette disposition à une taxe, d'autant que le gouvernement subventionne le coût du chauffage pour les plus bas revenus."
Propos recueillis par Julie Chauveau et Anne Denis.
Voir aussi
Le service de Presse et Communication
FAQs sur le Royaume-Uni
Les bourses d'études Entente Cordiale
Liens utiles
Notre site ludique sur le Royaume-Uni :
www.100questions.net
L'actualité du gouvernement britannique en vidéo sur
British Satellite News